Vous êtes sans doute au courant: Laurent Voulzy a sorti, le 2 juillet dernier, un album intitulé
recollection et qui se base sur son premier et plus grand succès:
rockollection, un medley datant de 1977. Pour les trente ans de ce fameux titre (avec un peu de retard), Voulzy raconte, prolonge, retravaille ce pot-pourri.
Ce nouvel album se divise, de mon point de vue, en trois étapes, bien qu'il n'y ait jamais de temps mort!
Pour mieux imaginer l'ambiance et l'apprécier, il faut se projeter dans l'atmosphère d'un concert. Un concert comment? Plutôt dans une petite salle, permettant à plein de musiciens de jouer, mais plutôt cachés, laissant uniquement le chanteur-guitariste Voulzy dans la lumière (pas très forte). Le nombre de spectateurs? Disons cinq cents: de quoi faire une foule bruyante, mais pas trop.
1. La mise en place, l'échauffement
Ca commence tout doux. On dirait une ultime répétition de Voulzy, seul avec sa guitare, juste avant d'entrer en scène... ou alors le vrai début du concert, mais sans lumière pour montrer que le chanteur est arrivé sur scène. Musicalement, c'est du Voulzy 2008: joli, sympa à fredonner comme ça, mais rien qui ne détonne encore. Ca s'appelle
dans le vent qui va et c'est la première piste du disque.
Arrive la batterie et, pof, on sent déjà une (petite) montée en puissance. Là, c'est réellement une chanson structurée. Elle dure à peu près trois minutes, le format idéal pour être le single de l'album: elle est courte, sympatique, rappelle bien que c'est du Voulzy (ce qui peut également être lassant) et raconte l'adolescence de Voulzy (ce qui rappelle le thème de
rockollection, donc). Elle s'appelle
Jelly Bean, chanson dont on retient facilement le refrain, sympa pour commencer à mettre de l'ambiance (sans plus). On peut donc dire que c'est le moment où la lumière dévoile enfin le chanteur sur scène. Les premiers frappements de mains arrivent, on sent que
rockollection arrive.
Et puis, là, une sorte de mélange sonore, commençant par un <<Attention! Attention!>> en espagnol, annonçant que, ça y est, ça approche! On fait durer un peu le suspens. 'Y a pas vraiment de musique, c'est plutôt un montage de différents bruitages et mélodies, ce que semble aimer Voulzy. On entend par moment des extraits (réenregistrés) du célèbre
rockollection, ce qui montre que la venue du moment tant attendu approche à grands pas! Ce brouhaha un tantinet mélodique s'appelle
radio collection et est bel et bien la dernière étape avant la partie importante du disque.
2. La pièce-maîtresse
Quelques grattements de guitare acoustique démarrent: on reconnaît l'accompagnement. Un coup de basse, puis la guitare électrique qui joue la célèbre mélodie introductrice: Ca y est, c'est
rockollection! Pour renforcer le côté <<Enfin, ça y est!>>, quelques applaudissements et cris de joie sont rajoutés sur le disque. On se croirait vraiment dans un concert tel que je vous l'ai fait imaginer auparavant! La fête est bel et bien commencée. Par rapport à la version originale de la chanson, la voix de Laurent Voulzy est légèrement plus calme: il s'applique. Bonne nouvelle: Il ne s'agit pas juste d'un simple réenregistrement du titre. Au niveau des couplets créés par Souchon (paroles) et Voulzy (musique), si; mais, en ce qui concerne les chansons reprises dans ce medley, elles diffèrent de celles choisies en 1977. Tout comme il le fait sur scène, Voulzy a décidé (contrairement à la version originale) de mettre parfois plusieurs chansons entre deux couplets écrits par Souchon et lui. Et ça s'enchaîne plutôt bien. A quelques exceptions près, Voulzy a bien réussi les transitions entre les chansons. Rien de nouveau, certes; mais une sorte de fête où l'on passe d'un tube à un autre, pour s'en rappeler et pour les chanter ensemble. Là, pour l'instant, le medley ne réunit que des succès anglophones (sauf un) des années 1960 et 1970. Pour moi qui ne les connaîs pas toutes et qui les trouve "facilement reprisables" sauf que leur charme de l'époque ne soit gâché, j'avoue que les versions voulzyennes me paraissent plus jolies. Dans les chansons des beatles, par exemple, rares sont les chansons que j'apprécie par leur beauté mélodique. Le plus souvent, si elles me plaisent, c'est juste pour leur énergie et l'originalité de la musique. Mais, je les trouve rarement jolies. Arrangées par Voulzy, elles le deviennent un peu.
Petite parenthèse: nouvelle chanson intitulée
A.77.08. Cette espèce de code secret est assez facile à déchiffrer (le A. mis à part). Voulzy poursuit très rapidement l'histoire de sa vie: on en était aux années lycée, on en arrive à maintenant. La musique n'a encore rien d'extraordinaire, mais les quelques sonorités électroniques et la chorale d'enfants l'enjolivent un peu.
Et puis, tiens, on reprend un peu de
rockollection! Là, quelques remarques. Avant la sortie de cet album-anniversaire, on nous avait dit que Voulzy et Souchon avaient fait de nouveaux couplets pour cette célèbre chanson. Résultat: un seul nouveau couplet (celui de la piste intitulée
rockollection scène 10). Ce rajout permet une transition dans cette grande fête vers les années 1980. La chanson sélectionnée pour illustrer ce nouveau couplet date de 1979 et (en tous cas, pour moi) inaugure, par ses utilisations de synthétiseurs et de voix "radiophonique", cette décennie. La chanson s'appelle
video killed the radio star. Et là, je dois dire que le charme des chansons des ces années-là est un peu perdu. Pas tout le temps, mais pour celle-là oui.
Après cela, nouvelle parenthèse, pour faire attendre la suite qui devrait être aussi festive que le medley 1960-1970. Sur une musique de bande originale de film, on entend une petite fille demander, en anglais, ce qu'est un juke-box. Comme pour lui répondre, on entend une pièce glisser dans un de ces appareils et, pof, la musique reprend. Cette fois, pas de chanson-leitmotiv comme
rockollection, mais une succession bien articulée de succès des années 1980 (pour la plupart). La fête a repris! A noter que Voulzy ne chante pas toujours, laissant notamment des femmes se charger de certains extraits, mais on sent que l'amateur de montages sonores et de synthés est derrière. Ce seond medley s'intitule
juke-box.
La chanson
on the road again clôt doucement ce long hommage. On en vient alors à la dernière partie du "concert".
3. La fin et la sortie
La chanson
on the road again est allongée. La fin instrumentale dure longtemps, pour montrer que c'est bientôt fini. On peut imaginer Voulzy qui, sur ce long final acoustique, présente ses nombreux musiciens. On devine également les gens sortir calmement de la salle. Et puis, la chanson diminue de volume et laisse lentement place à un quasi-chant à capella de Voulzy, comme un petit rappel improvisé, souligné de simples (mais beaux et calmes) notes de synthé évoquant la nuit (
sous la Lune étant d'ailleurs le titre bien trouvé). Et puis, pour finir tout en douceur, Voulzy s'en va et laisse quelques enfants fredonner, toujours avec le même accompagnement sonore, la chanson d'introduction:
dans le vent qui va. Et là, l'idéal pour ces deux dernières chansons (qui n'ont sinon pas d'autre intérêt), c'est de les écouter dans la voiture en pleine nuit, pendant un voyage où ça roule bien et calmement. C'est même encore mieux de ne pas être chauffeur, car on peut se laisser aller et, pourquoi pas, s'endormir. Dans une autre situation, cette fin de disque est beaucoup trop longue.
Voilà donc ce que je pense de ce disque: rien de transcendant dans les nouvelles compositions, même si ça reste sympatique; les morceaux s'enchaînent presque tous très bien; les sons hors-instruments normaux sont beaux; si Laurent Voulzy a pensé à l'atmosphère que je vous ai décrite quand il a créé ce disque, il a réussi; la fin, bien que longue, est super-agréable. Après, ça dépend de la situation où vous êtes et de ce que vous espériez: si vous écoutez ce disque dans votre chambre en cherchant du Voulzy (auteur-)compositeur, le disque ne convient pas.
image: © 2008, éditions Laurent Voulzy